35 morts – Sergio Alvarez – Fayard 2012

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Ça commence sur les chapeaux de roue : la naissance de notre héros narrée avec le souffle généalogique d’un Gabriel Garcia Marquez, et la même dose d’humour loufoque. Les premières pages nous entraînent, aussitôt immergés, dans la spirale de la violence colombienne à laquelle ce jeune homme sera confronté durant tout le roman. Il faut dire que les trois fées qui se sont penchées sur son berceau dans les années 70 : Marijuana, Sexe et Lutte armée n’ont pas pris la peine d’offrir à notre gaillard le minimum de chance d’en réchapper… Le voilà donc balloté par les courants de l’histoire colombienne, violemment et  toujours un peu malgré lui. Il fait figure d’ange déchu de la Colombie communiste et de ses idéaux communautaires et révolutionnaires, pantin et témoin de la dictature au pouvoir et de ses exactions horrifiantes, disciple d’une secte hippie qui sent à plein nez le recyclage d’idées politiques de libération collective en chakras individuels pacifiques. Il est aussi l’incarnation du gamin taillé par la culture de rue, rompu à ses codes, initié par ses pairs et qui tombe amoureux comme il respire, entre deux bouffées de joints et deux gorgées de bière. Le voici maintenant quasiment heureux, en roulotte parcourant le pays avec femme, enfant, beau-père et leur spectacle de marionnettes narrant les déboires d’une jeune fille en proie aux tourments de la rugueuse vie rurale colombienne… Mais c’était sans compter sur le dénouement tragique propre aux histoires circassiennes, à la Browning ou à la Fellini.
« La vie entière me retomba sur le dos, je pensai à tous ces gens qui avaient traversé ma vie et je m’aperçus qu’ils étaient tous morts, disparus, ou qu’ils essayaient tout simplement d’oublier le destin qui les attendait, parce qu’ils étaient nés sur une terre où la mort et le chaos avaient organisé une roulette macabre. »
Même si la quatrième de couverture nous indique que l’auteur  a fait des recherches ‘approfondies sur  l’histoire et le milieu de la drogue en Colombie’, cela ne constitue pas la force du livre, et serait même frustrant si pris au mot. Car si l’on perçoit quelques grands événements ayant marqué le pays (prise d’assaut ultra violente du Tribunal de Bogota, villages vampirisés par les guérilleros des FARC …) l’auteur s’attache surtout à des vécus particuliers situés ‘ici et maintenant’, les entremêle (y compris dans la forme narrative et la succession des parties), tissant des géographies entre les personnages, des fils qui les relient tous  : de l’événement narratif perçu et traité sous l’angle d’une autre subjectivité, ou simplement d’une communauté de conditions et d’espoirs. Ce procédé m’a un peu fait penser aux scénarios d’Alejandro Gonzales Inarritu,  c’était très étonnant de le lire !
Le roman aurait gagné à être un peu plus court, d’autant que les scènes érotiques finissent par devenir extrêmement lassantes et par apparaître comme des choix de facilité ou de remplissage gratuit. Dommage, car il aurait été pour moi un très très grand livre sans cet affaissement sensible du rythme et de l’exigence narrative.
Je vous en conseille cependant très vivement la lecture.

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