Bric-à-brac man – Russell H. Greenan – L’Oeil d’Or 2011

Argent, argent, argent

Voilà où tout commence et où tout finit : au palpable, au sonnant et trébuchant, au flouze, nom d’un brocanteur véreux !

Arnold Hopkins est antiquaire à Boston, ou, tout du moins, il tente de s’extirper de sa condition de revendeur de bric à brac et d’atteindre la renommée et la félicité d’un Tiffany. Et la fin justifie les moyens : du petit mensonge à l’effraction, les combines pour refourguer la camelote, doubler un collègue sur un gros coup ou berner le benêt qui ne connaît pas la valeur de ce qu’il vend ne connaissent pas de limites.

Le hic, c’est qu’il y a toujours antiquaire plus malin ou plus mal attentionné. Le drame, c’est que la poisse colle à la peau d’Arnold Hopkins… et on ne peut pas changer de peau, n’est-ce-pas ?

Le destin lui joue des tours sadiques en lui faisant miroiter ce qu’il n’aura jamais : des cavernes d’Ali baba rutilantes, des coups de chance miraculeux, le génie d’une transaction, une vampe aux jambes infinies… « Dès que je m’approche du pompon, je tombe du manège ». Le diable tire-t-il les ficelles du pantin ? Difficile, parmi toutes les aventures héroïques et grotesques en bas de lin et funambulisme brinquebalant, de faire la part des choses entre le malheureux coup du sort, la damnation des flammes de l’enfer et les prophéties auto réalisatrices d’un anti-héros athée, fataliste et sceptique. Mais qu’importe, une seule chose a le goût de la certitude : l’argent, et c’est bien suffisant.

C’est drôle, parfois très drôle : les obsessions mercantiles de ce petit milieu commerçant, capable d’un cynisme énorme, qui réclame qu’on plaigne le voleur et qu’on regrette avec lui le manque de civisme galopant chez les petits vieux, les négociations ubuesques (puisque tout à un prix, vendons de tout !), les confessions émouvantes sur la fragilité de la vie et la peur de la mort, ponctuées de marchandages prosaïques, comme un leitmotiv, un repère fixe auquel se rattacher pour ne pas sombrer…

Derrière l’humour, on perçoit la satire, et derrière la satire, la description d’une solitude existentielle, faussement comblée par le matérialisme du capitalisme triomphant, qui rend les individus absents à eux-mêmes, obnubilés par la réussite sociale et économique, et finalement amnésiques.

Le livre est ponctué des gravures de Sarah d’Haeyer, une habituée des éditions de L’Oeil d’or, c’est discret, joli et efficace. Mention spéciale pour la couverture.

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