Protest song – Yves Delmas – Le mot et le reste – 2012

protest**Les sixties à portée**

–Un énorme merci pour ce livre reçu dans le cadre de La Voie des indés sur Libfly–

Munissez-vous du livre, d’un ordinateur connecté en permanence sur les plateformes encyclopédiques, sonores et vidéos, de colocataires musiciens trentenaires qui ne verront pas d’inconvénients à se faire alpaguer toutes les 5 minutes (« Tu devineras jamais l’horrible surnom dont on affublait Janis Joplin ! » « Ils sont où tes disques de Zappa ? », « Ne critique plus jamais Joan Baez devant moi, c’est clair ? ») ou à discuter de la probabilité d’une révolution musicale dans les 10 années à venir, voire de la façon de définir une révolution musicale, et qui n’hésiteront pas à retourner leur collection de vinyles pour vous prouver que Bob Dylan avait plus de cran que de génie et que quand même Animal Collective y’a kekchose de l’ordre de l’espoir …

Vous voilà parés à traverser les sixties en compagnie d’Yves Delmas et Charles Gancel : retour vers le futur !

Les effets se font sentir très vite : une visite au bureau de tabac du coin est l’occasion de se la raconter sur Nina Simone qui passe en sourdine après Balavoine et avant Dave « Elle s’est appelée Nina Simone parce qu’elle était fan de Simone Signoret ! » (Alors celle-ci, ça dépote à tous les coups), une soirée devant un documentaire d’Arte sur le syndrome PTSD des soldats revenant d’Irak vous permettra d’apprécier le chemin non parcouru depuis la guerre du Vietnam, à grands coups de guitare sèche expiatrice, une réécoute attentive des Beatles vous remémorera les relations de frères ennemis qu’ils ont entretenues avec Dylan, passée la première nuit de rencontre euphorique et psyché dans un hôtel… Tout se met à résonner haut et fort comme une forme d’héritage, musical et politique et je peux dire je crois sans exagérer que ce livre, s’il aura forcément un écho sentimental chez la génération qui a vécu de près ou de loin les événements qui ont ponctué la décennie, éclairera peut-être encore plus ma génération trentenaire aujourd’hui, qui n’a connu de l’époque que les vidéo-cassettes de Woodstock regardées en boucle sans rien y comprendre, complètement fascinée par le –Freedom– de Richie Haven, seeee meeeee !! de The Who le cri d’Hendrix, tu passes le joint ?

C’est un livre très très bien fichu que ce Protest Song, qui fait certes son poids en nombre de pages (500 kilos) mais qu’on arpente comme un documentaire passionnant, bourré d’anecdotes fabuleuses qui soulèvent le rideau sur le dessous de cette folle décennie, aussi libératrice que meurtrière.

Des pères (Guthrie, Seeger), à James Brown, du banjo à l’électrique, des utopies communautaires à Charles Manson, de Martin Luther King aux Black Muslims et Malcom X en passant par la lutte féministe… Nous revisitons les années 1961-1972 au travers de trois périodes identifiées par les auteurs : les origines du Protest song, l’avènement de l’électrique, l’explosion (et le « chant du cygne » comme les auteurs qualifient Woodstock) et enfin le reflux : le « rockthon » (la musique au service des causes humanitaro-consciencieuses et politiciennes), la violence, l’excès de drogue, l’endormissement, la minoration du texte au profit du son, l’avènement de la pop sirupeuse et de la disco… (Très noire, cette fin de livre, qu’heureusement rattrape un point final harmonieux et optimiste, merci pour nous 🙂
Pas de grandes analyses diachroniques conceptuelles soulantes dans ces pages, mais une introduction très claire et poétique (voire émouvante…), des transitions soignées et une conclusion synthétique et pondérée, qui suffisent à tisser le fil rouge  de ces aventures délirantes, géniales, hallucinantes et hallucinées, et à en percevoir les ressorts politiques et sociaux jusqu’à aujourd’hui.

La part belle est laissée aux textes des morceaux phares des sixties, avec leur traduction, et les annexes les répertorient tous, ainsi que les noms des musiciens et militants cités.

Le Mot et le reste ont réalisé ici une mise en forme parfaite du documentaire, pratique, belle et très agréable à engloutir : allez, on va le dire : «Un coup de cœur !»

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