Sans connaissance – Eric Mc Comber

« Nous sommes élevés dans la non-violence, dans un sorte de granolisme grandiose catho-colonisé. En fait, à la base mon frère et moi apprenons à nous prosterner devant les institutions : nos parents…L’école…L’Eglise… Les lois… Les règlements, les traditions. (…) Bien qu’à moitié têtes carrées, nos parents nous inculquent soigneusement la tradition canadienne française de la soumission. L’expression en usage pour dire Pleutre est « pissou », déformation de Pea-soup, terme injurieux utilisé par les Canadiens anglais pour désigner les Québécois. »
Câlisse ! Voici un roman à ne pas louper qui nous arrive directement du Québec, une vraie petite bombe nord-américaine. Né à Montréal en 1964, Eric McComber nous livre ici son deuxième roman, tragi-comique et cynique, à l’image du siècle débutant. « Sans connaissance » nous plonge dans l’histoire d’Emile Duncan, originaire du quartier nord de Montréal : « T’atterris chez la famille Duncan, au deuxième étage d’un centre de psychothérapie beatnik où d’innombrables détériorés du cantaloup se nodulent la gorge à longueur de journée en s’épluchant le petit vécu. Pas facile. »
Issu d’une famille modeste catholique, l’anti-héros passe son enfance à s’initier aux jeux violents des bandes qui régissent le quartier. Si, au foyer, les discours parentaux font « tendre l’autre joue » ; dehors, l’ingéniosité juvénile sert une loi du talion sans merci.
Sans connaissance est aussi le récit d’une errance. Noctambule du Plateau Mont Royal, Emile se perd dans la profusion d’alcool et de corps. Anyway… Malgré la quantité d’expériences vécues, il ne trouve pas la nourriture capable de le rassasier.
Avec lui, on croise des personnages loufoques, attachants d’autres répugnants, haineux, et tristement réalistes. De l’ami adolescent au génie provocateur mettant effrontément à nue l’abscond de l’institution scolaire jusqu’aux « rases-boule » (les néo-nazis), Emile se construit sans équivoque, à la lisière du pire. Il n’est pas sans faire penser au héros de Demande à la poussière de John Fante, inadapté parce que peut-être trop humain.
Le roman d’Eric McComber évite l’écueil encouru  de la tiédeur. Emile ressent, rit, hurle, souffre, et nous avec lui. Chaque évènement est choisi et pleinement investi par l’auteur. Malgré la noirceur des accidents et des déboires d’une existence, le style reste lui vivant, dynamique et drôle. Il nourrit le personnage aux instants les plus tragiques. Eric McComber est musicien, comme son héros, et cela s’entend à la lecture.
Le patois québécois n’y est pas qu’utilisé. L’auteur se l’approprie, jusqu’au « ti-crisse de glossaire» situé à la fin du livre, dont les définitions originales rappellent que le joual est lui aussi, toujours en vie.

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Auteur
Eric Mccomber

Éditeur
Autrement

ISBN
9782746709201

Parution
2007

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