Six photos noircies – Jonathan Wable – 2012

SixL’onirique cabinet de curiosités de Jonathan Wable

Il sentait, à chaque fois qu’il démêlait un nouvel élément, qu’il déroulait un peu plus le fil d’une histoire effroyable et troublante

J’ai eu le privilège de découvrir très en amont de sa parution (prévue en mars 2013), le premier livre de Jonathan Wable. Si ce n’était l’éditeur lui-même qui m’a convaincue qu’il s’agissait d’un jeune auteur, j’aurais cru à une farce. Et pour cause, on ne trouve cette maturité d’écriture que chez peu de nos auteurs éprouvés.

20 nouvelles composent le livre, 20 fables décrivant les découvertes énigmatiques et effrayantes de Valente Pacciatore et Tirenzo Perrochiosa, un biologiste et un médecin qui n’ont eu de cesse durant leurs vies de mettre à jour les anomalies perturbant la marche rationnelle du monde. Deux scientifiques inspirés et sensibles qui tentent de percer les secrets de faits dépassant l’entendement : disparitions, meurtres, objets et nature maléfiques et envoûtants, dessins et peintures rupestres énigmatiques… Y survivront-ils … ?
Ils sont tour à tour Alice chez les Freaks, Sherlock aventuriers, Dale Cooper à Twin Peaks, Ichabod Crane à Sleepy Hollow, héros extraordinaires d’Egard Allan Poe, perdus dans des immensités désertiques silicieuses ou glaciales, des réduits poussiéreux ou des ruelles de capitale… Il va s’en dire que Jonathan Wable mêle un nombre incalculable de références littéraires, cinématographiques et mythiques. Pourtant, et c’est là que se situe une maturité formelle hallucinante : la densité des évocations passe inaperçue elle aussi à l’entendement du lecteur, qui a avant tout l’impression de se situer dans cet état de demi sommeil durant lequel les rêves et cauchemars prennent effet de réalité, et où se tirer des pages s’apparente au réveil.

Les cauchemars de Wable sont peuplés de divinités noires, d’êtres hybrides mi-hommes, mi-bêtes à la façon des dieux égyptiens, qui font figure de maîtres du chaos aux lisières des mondes réels et oniriques, (encore que la frontière soit ténue) au sein desquels ils interviennent, envoûtant, ôtant la vie, capturant, dévorant, tranchant les têtes, autant d’actes sauvages qui sont des sacrifices dont l’aspect expiatoire ou gratuit échappe complètement à nos deux protagonistes et au lecteur, par voie de conséquence.

Homme à tête de lion, mort-vivant réclamant l’expertise, cape maléfique, vers écœurant détruisant l’organisme de l’intérieur, écureuil à faux tranchante se délectant de nouveaux-nés, forces impalpables ou incarnées dans des corps sulfureux, attirant irrésistiblement leurs proies vers une mort certaine… Wable revisite les contes et les mythes : sirènes, joueur de flûte, vierges sacrifiées, vampires, gémellité… Il parle à nos peurs enfouies, à nos instincts refoulés, à la clairvoyance de l’enfant disparu, à une sensibilité amputée par la rationalité à tout crin, nous perdant dans nos propres dédales intérieurs…

Les éditions Attila vont faire émerger un grand auteur doublé d’un conteur hors pair.

“En littérature, seul nous attire l’esprit sauvage. La monotonie n’est qu’un autre nom pour la nature apprivoisée. C’est la pensée libre, à l’état brut et sauvage que nous trouvons dans Hamlet, L’Iliade, toutes les Écritures et les mythologies, celle que l’on ne nous enseigne pas à l’école, qui nous enchante” Henry D. Thoreau – Marcher – ed. Le Mot et le Reste – 2013

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